Allergènes de parfum en cosmétique : ce qui change au 31 juillet 2026

Le règlement (UE) 2023/1545 étend la liste des allergènes de parfum à nommer individuellement sur l'étiquette d'un cosmétique, portant le total à environ 80 substances. Application au 31 juillet 2026 pour les nouveaux produits : ce qu'un producteur doit recalculer et réétiqueter.

Par Julien Juchereau
5 min de lecture

Pot et flacons de cosmétiques alignés sur fond rose, illustrant les produits concernés par la liste des allergènes

À compter du 31 juillet 2026, l'étiquette de vos cosmétiques devra nommer un à un les allergènes de parfum qu'ils contiennent : la simple mention « parfum » ne suffira plus. Cet article explique ce que change le règlement (UE) 2023/1545, quels seuils déclenchent l'obligation, à quelle date elle s'applique, et ce qu'elle impose concrètement à un producteur de crèmes, de parfums, de savons ou de bougies cosmétiques.

L'essentiel

  • La liste des allergènes de parfum à nommer dans l'INCI s'élargit : aux 24 déjà connus, une quarantaine s'ajoutent, portant le total à environ 80 substances.
  • Les seuils ne bougent pas : déclaration obligatoire au-delà de 0,01 % dans un produit à rincer, 0,001 % dans un produit sans rinçage.
  • Deux échéances : le 31 juillet 2026 pour les produits nouvellement mis sur le marché, le 31 juillet 2028 pour l'écoulement des stocks déjà en rayon.
  • Trois chantiers pour le fabricant : recalculer chaque formule, refaire les étiquettes, remplacer « parfum/fragrance » par la liste nominative des allergènes.

Sommaire

  1. Ce que change le règlement (UE) 2023/1545
  2. Pourquoi « parfum » seul ne suffira plus
  3. Les seuils qui déclenchent la mention
  4. Le calendrier : 31 juillet 2026 et 31 juillet 2028
  5. Ce que cela impose concrètement à un producteur
  6. Le cas particulier du savon
  7. Les erreurs à éviter
  8. Vos questions, nos réponses

Qu'est-ce qui change au 31 juillet 2026 pour l'étiquetage des allergènes de parfum ? Le règlement (UE) 2023/1545 allonge la liste des allergènes de parfum qui doivent apparaître nominativement dans la composition d'un cosmétique. Au-delà d'un seuil de concentration, ces substances ne pourront plus être masquées derrière le mot « parfum ». La mesure vise à mieux informer les personnes allergiques ; elle concerne tous les cosmétiques, pas seulement les parfums.

Ce que change le règlement (UE) 2023/1545

Adopté en juillet 2023, le règlement (UE) 2023/1545 modifie l'annexe III du règlement cosmétique (CE) 1223/2009, celle qui liste les substances soumises à restriction. Concrètement, il ajoute plusieurs dizaines d'allergènes de parfum à la liste de ceux qui doivent être déclarés individuellement sur l'emballage. Aux 24 allergènes historiques s'ajoute une quarantaine de nouvelles entrées : on passe ainsi à un total d'environ 80 substances et extraits naturels concernés. Le principe reste identique ; c'est son périmètre qui s'étend nettement.

Ce changement touche toutes les familles de produits : crème de soin, eau de parfum, savon, mais aussi bougie présentée comme cosmétique. Dès lors qu'une formule contient l'un de ces allergènes au-dessus du seuil, l'obligation s'applique.

Pourquoi « parfum » seul ne suffira plus

Aujourd'hui, un fabricant peut regrouper l'ensemble de sa composition parfumante sous le seul terme « parfum » (ou « fragrance ») dans la liste INCI, sauf pour les 24 allergènes déjà réglementés. Demain, chaque allergène ajouté à l'annexe III et présent au-dessus du seuil devra figurer sous son nom officiel INCI, y compris lorsqu'il provient d'une huile essentielle ou d'un extrait naturel. Un consommateur allergique au linalol ou au limonène pourra donc le repérer directement sur l'étiquette, sans avoir à deviner ce que recouvre le mot « parfum ».

Tubes et pots de crème vierges sans étiquette, prêts à recevoir la mention des allergènes
Depuis 2026, chaque contenant doit lister nominativement les allergènes parfumants dès qu'ils dépassent le seuil réglementaire.

Les seuils qui déclenchent la mention

Le règlement ne modifie pas les seuils historiques : ils restent la clé de lecture. Un allergène doit être nommé dès que sa concentration dépasse :

Type de produit Seuil de déclaration
Produit à rincer (gel douche, shampooing, savon) 0,01 % (100 ppm)
Produit sans rinçage (crème, parfum, lait) 0,001 % (10 ppm)

Autrement dit, un produit qui reste sur la peau déclenche l'obligation à une concentration dix fois plus faible qu'un produit rincé, car l'exposition y est plus longue. Sous ces seuils, la mention nominative n'est pas requise.

Le calendrier : 31 juillet 2026 et 31 juillet 2028

Deux dates rythment la transition, et la première arrive très vite :

Échéance Ce qu'elle vise
31 juillet 2026 Les produits mis sur le marché à partir de cette date doivent respecter le nouvel étiquetage.
31 juillet 2028 Les produits déjà mis sur le marché avant 2026 ne pourront plus être mis à disposition (écoulement des stocks).

Nous publions cet article une semaine avant la première échéance : dès le 31 juillet prochain, toute nouvelle référence introduite sur le marché européen devra porter la liste nominative. Vous disposez ensuite d'un délai jusqu'à l'été 2028 pour écouler les anciens conditionnements.

Ce que cela impose concrètement à un producteur

Pour un fabricant, artisan comme industriel, la mise en conformité passe par trois chantiers :

  • Recalculer les formules : identifier, pour chaque produit, les allergènes désormais listés et leur concentration réelle, matières premières et huiles essentielles comprises.
  • Refaire les étiquettes : intégrer les noms INCI concernés dans la liste des ingrédients, dans le bon ordre décroissant, sans oublier ceux issus d'extraits naturels.
  • Remplacer la mention générique : le simple « parfum » laisse place à « parfum » suivi de la liste nominative des allergènes présents au-dessus du seuil.

Ce travail suppose de disposer de compositions parfumantes détaillées de la part de vos fournisseurs. Anticiper les commandes d'étiquettes évite de vous retrouver bloqué à quelques jours de l'échéance.

Le cas particulier du savon

Le savon est un cosmétique à part entière : il relève du règlement 1223/2009 et de ses mentions obligatoires, allergènes compris. Comme c'est un produit à rincer, le seuil de déclaration qui s'y applique est de 0,01 %. Beaucoup de savons parfumés aux huiles essentielles franchissent ce seuil pour le linalol, le limonène ou le géraniol, et sont donc directement concernés. Nous traitons ce cas en détail, avec la liste complète des mentions à faire figurer sur un pain de savon, dans notre article dédié : l'étiquette d'un savon et ses mentions obligatoires.

Les erreurs à éviter

  • Croire que seuls les parfums sont visés : crèmes, laits, savons et bougies cosmétiques sont concernés dès qu'ils contiennent un allergène listé.
  • Oublier les allergènes issus des huiles essentielles : un extrait naturel peut apporter du linalol ou du limonène, qui comptent dans le calcul du seuil.
  • Confondre les deux seuils : 0,001 % sans rinçage, 0,01 % à rincer ; appliquer le mauvais expose à une omission.
  • Attendre l'écoulement 2028 pour agir : ce délai ne vaut que pour les stocks déjà mis sur le marché, pas pour vos nouvelles fabrications à partir du 31 juillet 2026.

Vos questions, nos réponses

Dois-je retirer mes produits actuels des rayons le 31 juillet 2026 ?

Non. Les produits déjà mis sur le marché avant le 31 juillet 2026 peuvent continuer à être mis à disposition jusqu'au 31 juillet 2028. C'est seulement à partir de cette seconde date que l'écoulement des anciens conditionnements devient impossible. En revanche, toute nouvelle référence introduite sur le marché à partir de 2026 doit d'emblée porter le nouvel étiquetage.

Combien d'allergènes de parfum sont désormais à déclarer ?

Aux 24 allergènes de parfum historiquement soumis à déclaration, le règlement (UE) 2023/1545 en ajoute une quarantaine. Le total avoisine ainsi 80 substances et extraits naturels. Les sources divergent sur le chiffre exact selon la manière de compter, mais l'ordre de grandeur retenu est d'environ 80 allergènes à nommer individuellement dans la liste des ingrédients.

Un allergène sous le seuil doit-il tout de même être mentionné ?

Non. La mention nominative n'est obligatoire qu'au-dessus des seuils fixés : 0,001 % pour un produit sans rinçage, 0,01 % pour un produit à rincer. En dessous, l'allergène peut rester intégré à la mention « parfum ». Il reste toutefois utile de connaître vos concentrations réelles, car une reformulation peut faire franchir ce seuil sans que vous le remarquiez.


Sources : Règlement (UE) 2023/1545 — EUR-Lex · ANSM · DGCCRF · Anses