Étiquette de shampoing solide fait maison : les mentions à faire figurer

Un shampoing solide fait maison est juridiquement un cosmétique : mêmes obligations d'étiquetage qu'un savon, mais un INCI et une fonction à déclarer qui lui sont propres. Ce qu'il faut faire figurer, sans se tromper.

Par Julien Juchereau
5 min de lecture

Pain de shampoing solide posé sur un porte-savon en céramique

Un shampoing solide vendu, même artisanal, est un produit cosmétique : son étiquette relève de l'article 19 du règlement (CE) n° 1223/2009, exactement comme un savon. Nous détaillons ici ce qui est spécifique au shampoing solide : la fonction à déclarer, la liste d'ingrédients qui change selon que le pain est un syndet ou un savon saponifié, et la précaution liée à la poussière de tensioactif.

L'essentiel

  • Même cadre que le savon : les sept mentions de l'article 19 s'appliquent (détaillées dans notre article savon).
  • Fonction à déclarer : « shampoing », pas « savon » — point f) de l'article 19.
  • Syndet ou saponifié : un pain au Sodium Cocoyl Isethionate n'a pas la liste INCI d'un savon à froid (Sodium Cocoate…).
  • La poussière de tensioactif s'inhale à la fabrication : masque P2 à l'atelier, mais aucun pictogramme de danger sur le produit fini.

Sommaire

  1. Un shampoing solide est bien un cosmétique
  2. Syndet ou saponifié : deux listes INCI différentes
  3. « Shampoing » : la fonction et les allergènes à déclarer
  4. Poussière de tensioactif : la fabrication n'est pas l'étiquette
  5. Une étiquette qui prend l'eau dans la douche
  6. « Sans sulfates », « zéro déchet » : rester factuel
  7. Les erreurs à éviter
  8. Vos questions, nos réponses

Quelles mentions doivent figurer sur l'étiquette d'un shampoing solide fait maison ? Les sept mentions de l'article 19 du règlement cosmétique : personne responsable, contenu nominal, durabilité, précautions, numéro de lot, fonction et ingrédients en INCI. Deux points changent par rapport au savon : la fonction déclarée (« shampoing ») et la composition de la liste d'ingrédients.

Un shampoing solide est bien un cosmétique

Le règlement définit le cosmétique par sa destination : une substance appliquée sur le corps — ici le cuir chevelu — pour le nettoyer. Un shampoing solide y entre au même titre qu'un savon : ni votre statut d'artisan ni votre volume ne créent de régime allégé. Vous êtes la personne responsable dont l'adresse figure sur l'étiquette, et le socle des sept mentions est identique à celui d'un savon ; nous vous renvoyons à leur détail dans notre article sur les mentions obligatoires de l'étiquette de savon.

Syndet ou saponifié : deux listes INCI différentes

C'est la vraie particularité du produit : beaucoup de shampoings solides ne sont pas des savons mais des syndets (synthetic detergent, « savon sans savon »), construits autour de tensioactifs solides et non d'une saponification. Le plus courant est le Sodium Cocoyl Isethionate (SCI), dérivé de coco en poudre, combiné à du Sodium Coco-Sulfate (SCS) ou du Sodium Lauryl Sulfoacetate (SLSA). Ces noms se portent tels quels : ils ne se traduisent pas. Un savon à froid, lui, affiche les sels issus de la réaction ; la liste INCI trahit donc la méthode :

Shampoing syndet (tensioactifs) Shampoing saponifié à froid
Noms de tensioactifs : Sodium Cocoyl Isethionate, Sodium Coco-Sulfate Sels de saponification : Sodium Cocoate, Sodium Olivate
Pas de savon au sens chimique ; pH proche du cuir chevelu Savon obtenu par la soude ; pH basique (~9)

Dans les deux cas, les ingrédients se rangent par ordre décroissant de poids à l'incorporation, ceux sous 1 % pouvant être cités dans le désordre à la fin.

« Shampoing » : la fonction et les allergènes à déclarer

Le point f) de l'article 19 impose d'indiquer la fonction du produit, sauf si elle ressort de la présentation. Pour un pain qui ressemble à un savon, elle n'est pas décorative : « shampoing solide » sépare clairement votre produit d'un savon, pour l'acheteur comme pour le contrôle.

Côté parfum, un shampoing solide est un produit à rincer : le seuil déclenchant la mention nominative d'un allergène est de 0,01 %, franchi par beaucoup de formules aux huiles essentielles (linalol, limonène…). La liste des allergènes à nommer a été fortement élargie ; voyez notre article sur les allergènes de parfum en cosmétique.

Poussière de tensioactif : la fabrication n'est pas l'étiquette

Point que les étiquetteurs de savon ne rencontrent pas : le SCI et le SCS se travaillent en poudre, irritante à l'inhalation. Les fiches de sécurité recommandent à l'atelier un masque anti-poussière de type P2, lunettes et gants.

Ne confondez pas deux plans : cette dangerosité concerne la matière première concentrée, qui relève du CLP côté atelier. Le produit fini, lui, est un cosmétique : il ne porte aucun pictogramme de danger CLP, ni losange rouge. Cette frontière est le sujet de notre article sur le CLP et les pictogrammes en cosmétique. Sur le pain, seule reste la mention d) « précautions particulières d'emploi ».

Une étiquette qui prend l'eau dans la douche

Un shampoing solide vit dans l'humidité : on le manipule mouillé, il mousse sous la douche. L'étiquette portée par son emballage — étui, film de protection, boîte — subit donc les projections et la condensation, davantage qu'un savon. Le support et la fixation deviennent un vrai sujet de tenue. Nous traitons cet arbitrage — bandeau kraft ou étiquette adhésive, résistance à l'humidité, pose sur surface grasse — dans notre article sur l'étiquette de savon artisanal, transposable ici.

« Sans sulfates », « zéro déchet » : rester factuel

Les arguments de vente sont encadrés par le règlement (UE) n° 655/2013 : une allégation doit être vérifiable. « Sans sulfates » est factuel si votre formule repose sur du SCI, qui n'en est pas un ; ce ne l'est pas avec du Sodium Coco-Sulfate, qui en est un : d'où la cohérence exigée avec la liste INCI. « Solide = zéro déchet » dépend de l'emballage réel et fait débat. Nous ne tranchons pas : référez-vous aux lignes directrices de la DGCCRF.

Les erreurs à éviter

  • Déclarer « savon » pour un shampoing : la fonction à porter est « shampoing », même si le pain y ressemble.
  • Recopier une liste INCI de savon sur un syndet : tensioactifs et sels de saponification n'ont pas les mêmes noms.
  • Traduire les noms des tensioactifs : Sodium Cocoyl Isethionate reste tel quel ; « dérivé de coco » est une non-conformité.
  • Vouloir un pictogramme de danger sur le pain fini : le masque P2 est pour l'atelier, pas pour l'étiquette.

Vos questions, nos réponses

Un shampoing solide doit-il porter les mêmes mentions qu'un savon ?

Oui, pour l'essentiel. Le shampoing solide est un cosmétique : les sept mentions de l'article 19 du règlement 1223/2009 s'appliquent, comme pour un savon. Deux points changent : la fonction déclarée, qui doit être « shampoing » et non « savon », et la liste des ingrédients, qui reflète la formule — tensioactifs pour un syndet, sels de saponification pour un pain à froid.

Quel nom INCI porter pour le tensioactif d'un shampoing solide ?

Celui du glossaire officiel, tel quel. Le plus fréquent est le Sodium Cocoyl Isethionate, souvent associé au Sodium Coco-Sulfate ou au Sodium Lauryl Sulfoacetate. Ces dénominations ne se traduisent pas et se rangent par ordre décroissant de poids. Si votre pain est saponifié à froid, vous porterez plutôt des sels comme Sodium Cocoate. Le glossaire INCI de la Commission reste la référence.

Faut-il un pictogramme de danger sur un shampoing solide fait maison ?

Non, pas sur le produit fini. Un cosmétique fini est exclu du champ du règlement CLP : il ne porte pas de losange rouge, mais les mentions de l'article 19, dont les précautions d'emploi. La dangerosité par inhalation concerne la poudre brute, à l'atelier, où un masque P2 est recommandé. Cette matière première relève bien du CLP, contrairement au pain fini que vous vendez.


Sources : Règlement (CE) n° 1223/2009 · Règlement (UE) n° 655/2013 (allégations) · Glossaire INCI — CosIng · DGCCRF · Anses — cosmétovigilance